Compte-rendu de l’abandon à l’ adoption, comment se présente-t-on aux autres

Bilan de la rencontre du 13.06.15

Le groupe de parole s’est déroulé le 13.06.15 entre 14h30 et 16h30 à Paris autour du thème :

« de l’abandon à l’adoption, comment se présente-t-on aux autres ? »

Tout d’abord, étaient représentées aussi bien les personnes adoptées adultes de France que personnes adoptées de l’International.

Selon qu’il soit adopté de l’International ou de France :

Les adultes adoptés de l’international ont évoqués les questions suivantes : Alors que notre différence est visible de part notre de couleur de peau par exemple , Comment répondre aux questions sur nos origines , alors que parfois elles n’ émanent pas de nous ? Y a-t-il une bonne manière de se présenter ? En quoi le regard d’autrui pour un enfant et/ou adolescent et/ou adulte adopté a-t-il autant d’effet ? Pourquoi la personne adoptée de l’Internationale a eu cette impression d’être si souvent sollicitée à ce quelque chose qui la renvoie à sa singularité et qui nous l’avons débattu lors d’échanges précédents peut conduire à un sentiment de fierté ou de vulnérabilité selon la personne. Au-delà de cette volonté de vouloir s’intégrer qui est propre à chacun, d’où vient cette volonté de vouloir ressembler à tout le monde, vouloir être comme tout le monde ? « se fondre dans la masse » n’ est-ce pas d’une certaine manière pour certains une façon se cacher, dissimuler son apparence, cacher sa différence (ex : couleur de peau miel ) ? Peut-on alors parler de dénis ? En effet, la différence physique entre l’ adopté et ses parents ne peut être ignorée, et nous renvoie bien à cette question de l’origine et à de l’ intime . On peut alors comprendre que de répondre à ces questions peut déranger, voire provoquer auprès de certains adoptés une réaction de défense, et/ou faire émerger des blessures liées à cette double transmission du biologique et adoptive liée à cette différence d’apparence physique.

Il a été dit que se présenter en tant qu’adopté renvoie à des représentations différentes selon le pays d’origine de la personne adoptée (ex : l’image renvoyée d’une personne adoptée de Chine est différente de la personne adoptée d’Amérique latine ou encore la personne adoptée venue du continent Africain etc… ) . Nous avons donc tous été d’ accord pour dire que l’ image que nous avons de notre pays de naissance , et l’image que montre les média est importante lorsque l’on est amené à parler de notre histoire aux autres .

Du côté des personnes adoptées de France, comment répondre à cette question sur ses origines ? Il y a également une envie « d’être comme tout le monde », et « se fondre dans la masse » qui est plus simple que pour les adoptés nés à l’international . En revanche, Il a été exprimé que cette attitude peut renvoyer à de la solitude ainsi qu’à de l’incompréhension car la personne adoptée peut se retrouver cloisonnée entre cette dissimulation et l’envie voire une volonté de se livrer déverser un mal-être ou simplement un besoin de parler de sa recherche d’ origine par exemple . Nous avons donc pu constater que chez certains adoptés de France , faire ce  » premier pas  » alors qu’il n’ y a pas forcément de différences physiques avec ses parents peut-être difficile .

Puis, a été soulevé d’autres questionnements dans cet échange, dont celui-ci : la personne adoptée – doit elle se présenter en tant « qu’adopté » ou «  abandonné » ou « donné en adoption » ? Doit- elle parler « d’abandon » ou de « séparation » d’avec les parents biologiques ? Chaque histoire est unique mais pour certains adoptés, lors des recherches et des retrouvailles avec les parents biologiques, ceux-ci se sont aperçus qu’ils n’avaient pas été « abandonnés » mais « séparés ». Supposerait-il de donner une autre terminologie que celle « d’adoption » ? Mais qu’entend-on par abandon ? qu’entend-on par séparation ? Ce sujet mériterait d’être approfondi. Pourquoi est-ce si difficile pour certains de se présenter ? L’adoption serait-elle un problème… ? N’y aurait-il pas un problème qui en cache un autre, qui plus est, lui, plus lourd encore, celui de « l’abandon » ?

Que raconter de son histoire ? Que garder de sa sphère privée? Selon son interlocuteur et degré de connaissance avec lui, (relations familiales, sociales, professionnelles) et s’il est un homme ou une femme… il s’établira une relation de confiance et certaines choses pourraient être transmises. Comment trouver cet équilibre de dire et/ou ne pas dire ?

Puis, a été soulevé cette question de se présenter en milieu scolaire. Cet exemple a souvent laissé de mauvais souvenirs et ont fait naître des sentiments d’insécurité et de baisse d’estime de soi chez certains adoptés . Ce sujet de l’intégration en classe a pu être mal vécu et pour certains se reproduisent encore parfois lorsqu’ils se retrouvent confrontés à un groupe en milieu professionnel , en sortie ….

« se sent-on plus à l’aise » dans cette présentation de soi à formuler aux autres, selon le chemin parcouru de cette quête d’identité en tant que personne adoptée ?

Il a été dit que la personne adoptée ne s’adressait pas de la même manière selon ses interlocuteurs, le contexte …. Mais l’échange a permis également d’énoncer quelques limites lorsqu’il s’agit de raconter son histoire. Il a été dit qu’il ne fallait pas se forcer à répondre. Parfois même, la personne ne peut pas répondre car elle-même n’a pas suffisamment d’éléments de réponse. Il a été dit qu’il était important de s’autoriser à mettre des barrières, voire d’énoncer une contrevérité pour se protéger.

Puis, selon sa prise de distance, il a été dit que pouvaient être contournées et évitées les réactions faciles, d’infantilisation « oh ! le pauvre », ou idées reçues « c’est une chance d’être adoptée ! ».

Par ailleurs, comment se présenter sans se victimiser ? Comment se présenter de manière positive ? Un adopté devenu père a pu raconter sa nouvelle vie. Il énonce que « donner vie à un enfant est une manière de dépasser sa propre histoire d’abandon, une nouvelle vie a commencé … au fond, comme un nouveau départ. »

Les réponses sont-elles proportionnelles à ce que l’on sait de son histoire ? Et après… à partir de ce savoir sur ses origines… se sent-on plus libre de dire ou taire les choses ? Plus à l’aise ? S’affirme-t-on davantage ?

Par ailleurs, il a été soulevé ceci : « se présenter, c’est donner une partie de soi-même ». Se présenter représente beaucoup d’investissement de soi, beaucoup d’intimité révélée. Puis, au fur et à mesure que l’on avance dans son parcours d’adopté, dans sa réflexion, il devient plus naturel de se présenter : « on a moins besoin d’exprimer autant de choses, cela devient plus naturel. La personne adoptée s’aperçoit qu’à ce moment-là, elle commence à intégrer son histoire ».

Il a été exprimé cette interrogation : est-il plus facile de se présenter, d’assumer son identité d’adopté quand on fait des recherches ou quand on retourne dans son pays d’origine et/ou qu’il y ait eu des retrouvailles avec les parents biologiques ? Assume-t-on davantage son histoire ?

Pour finir, il a été exprimé et énoncé comme constat qu’il était plus simple de parler de ses origines dans son pays d’adoption que de se présenter dans son pays d’origine. En effet, Il a été évoqué un manque de recul, voire un blocage ainsi que de la culpabilité lorsqu’il s’agissait de s’exprimer, se présenter dans son pays d’origine.

CONCLUSION :  Comme nous aimons à le rappeler à la voix des adoptés , il y a autant d’ histoires d’ adoptés, que d’ adoptés , et donc probablement autant de façons de se présenter  .

Merci à toutes les personnes présentes lors de cet échange  .
Aline et Hélène  .

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