Rouen: bilan de notre groupe de parole du avril 2013

Comment se présente t’on: adopté, abandonné? comment vit-on notre abandon en soi?

Tant de questions qui font appel essentiellement au regard de l’autre, de celui qui ne connait pas ce qu’on vit au fond de soi.

Se dire adopté, c’est présenter une partie de son histoire, de sa filiation. Si pour certains, c’est remettre en question la filiation parent-enfant au point de ne pas vouloir le dire, pour d’autre cela fait partie d’une identité que l’on peut évoquer de temps à autre mais pas de manière systématique. Nous avons également échangé sur l’idée que c’est souvent le regard de l’autre qui provoque cette « justification » comme si elle venait confirmer le lien parent-enfant.

L’adoption est une réelle filiation, et devoir la rappeler peut paraître difficile.

Au-delà du mot « je suis adopté », le mot « abandonné » lui n’arrive que si c’est l’intimité qui est évoqué, dans un cadre plus personnel. Ainsi, ce n’est pas une façon de se présenter mais une façon d’aborder, de raconter, de confier une partie de son histoire à des personnes proches. Il est plus rare d’en parler.

Le mot « adoption » a une connotation plus positive que le mot « abandonné ». Le premier fait appel à un lien de parenté, à une famille alors que le second renvoie à une blessure, une rupture et à des mots tels que la maltraitance, la mort, la guerre, la pauvreté…L’un est donc plus facile à assumer que l’autre.

Face à nous, les personnes à qui l’on parle posent sur nous un regard différents selon que l’on parle d’adoption ou d’abandon. Et si nous avançons, nous construisons autour de notre histoire, se justifier peut freiner notre épanouissement.

De même, si l’on dit « je suis adopté », d’autres questions peuvent suivre telles que  » ha bon! et tu connais tes parents? » Ces questions peuvent nous faire regretter d’en avoir parlé.

Ce sujet nous a mené sur d’autres pistes: sommes-nous dans une relation de dette avec nos parents? comment la famille élargie joue un rôle important dans la construction identitaire et la place de l’enfant…

Si dette il y a, elle s’annule. Nos parents nous font « enfant d’eux » et nous, enfants, les avons fait « parents de ». Ce lien qui ne se fait pas l’un sans l’autre n’est pas un geste humanitaire, ni même salutaire mais bien une réponse pour un enfant qui a besoin de parents. Ainsi il peut y avoir des parents qui maladroitement affichent ce lien d’adoption avec fierté devant l’enfant qui lui, ne voudrait pas en parler.

Un papa présent lors du groupe de parole nous a très justement raconté que face aux questions régulièrement posées du type « c’est votre fille, elle vient d’où », il répondait simplement, « oui c’est notre fille ». Ainsi, pour lui, ce sera à sa fille plus tard de choisir la façon d’en parler et de se présenter.

Merci à tous d’être venus rendre vivant cet échange.

à bientôt au mois de juin

Sandra

 

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