Témoignage d’adopté – Nicolas, adopté en Colombie

J’ai été adopté en Colombie lorsque j’avais un mois. J’ai été élevé à Lille et j’ai maintenant 22 ans. J’ai toujours été intrigué par la possibilité de pouvoir retrouver mes parents biologiques. Elle me faisait peur mais aussi me laisser imaginer des espoirs fantastiques, là bas loin en Colombie. Je crois que je me disais que tous les problèmes quotidiens que j’avais, venaient de mon adoption et que le fait de retrouver mes racines résoudrait tout. C’était comme sorte d’excuse très pratique, si je retrouvais ma famille, je n’aurais plus cette excuse.

Il y a deux ans je suis parti vivre à l’étranger à Londres pour un an et je crois que c’est là que je me suis rendu compte que je devais affronter mon adoption. Le fait de ne plus être dans le foyer familial, seul, perdu dans une grande ville  m’y a probablement poussé. De plus des conseils d’un très bon ami m’ont été à y voir clair, il fallait prendre une décision: soit je faisais une croix définitive sur une possible recherche, soit je décidais de chercher ma mère biologique. Si je ne la trouvais pas au moins je saurais à quoi m’en tenir et pourrais aussi faire un deuil définitif sur cet espoir un peu flou qui m’a longtemps rassuré.  Je choisis de la rechercher. J’avais les renseignements qu’il fallait, son nom, n°d’identité, un certificat de naissance mais aucune idée de comment je pouvais les utiliser pour chercher.

J’ai commencé à chercher dans les pages jaunes colombiennes, à appeler l’orphelinat où j’ai été adopté, des organismes qui s’occupent de la protection de l’enfant, des avocats. Mais rien n’est sorti de cette première phase de recherche, les gens était accueillants et aimables mais n’ont rien pu apporter à ma recherche. Je me décourageai pas mal. J’ai tout laissé tomber pendant 7 mois et cette fois je suis parti continuer mes études en Espagne à Madrid pour une autre année. Par moment, il me reprenait de recommencer à chercher par période, mais j’étais beaucoup moins motivé. Sur un forum d’adoptés, je suis tombé sur une jeune fille qui avait retrouvé sa famille biologique grâce à un contact colombien, nous avons correspondu via ce forum puis j’ai fait une demande de recherche à cette jeune adoptée. J’étais, comme toujours lorsque je faisais des recherches, très impatient, néanmoins je faisais moyennement confiance à ce genre de demande qui généralement ne donne aucun résultat. Mais il y avait le témoignage de cette fille… Une heure plus tard, le contact colombien de la jeune adoptée me répondait qu’il avait bien reçu ma demande. C’était peut être sérieux. Je partageais mon émotion avec les colocataires de l’appartement où je vivais. Un mois plus tard, sans nouvelle, je lui écris un mail auquel il répondit qu’il avait commencé à chercher. Un mois plus tard, je reçus un autre email dans lequel il m’annonçait que ma mère n’était plus dans les bases de données officielles depuis 90, qu’elle était peut-être partie à l’étranger ou décédée et que je devrais l’appeler directement. Je me mis en contact avec cet homme très enthousiaste et légèrement  » déjanté ». Je lui dis que je voulais qu’il continue ses recherches. Et un autre mois plus tard, je reçus un email que je n’espérais pas. Il m’annonçait théâtralement qu’il avait retrouvé la trace de ma mère, je crois que je n’ai rien pu faire du reste de la journée.

J’avais envie de le crier à tout le monde. Je l’ai appelé le soir même et il m’a raconté qu’il avait parlé à un de ses frères et qui allait prévenir ma mère. Elle était mariée, deux enfants. Curieusement, je crois que je n’avais même pas envisagé sérieusement la possibilité qu’elle ait des enfants, je pris alors réellement conscience du remue ménage que j’étais en train de provoquer là bas, comment allait réagir son mari… Tout est alors allé très vite, je suis entré en contact avec elle par email, puis par téléphone, ce fut vraiment des moments très forts, complètement surréalistes et magiques. Elle me disait que ma voix lui paraissait connue. Très rapidement est venue la possibilité que je pourrais aller en Colombie, j’avais du temps trois mois plus tard. Je décidais d’en parler avant avec mes parents adoptifs, j’avais très peur de leur dire, mais c’était infondé, ils ont réagi parfaitement, et ont compris que pour moi c’était une étape importante. Donc j’ai réservé mes billets pour un voyage de trois semaines que je ne suis pas prêt d’oublier.

J’avais décidé d’y aller seul car je sentais que c’était quelque chose de très personnel. Plus la date du départ approchait, plus j’étais impatient. Enfin le jour est arrivé et mon contact colombien m’a accueilli à l’aéroport et le lendemain a organisé les retrouvailles d’une manière légèrement solennelle, il y avait non seulement ma mère, sa famille, mais aussi mes grand parents, mes oncles et tantes et cousins, plus des amis, au total au moins 40 personnes, j’avoue qu’avant d’entrer dans la salle où ils m’attendaient tous, je ne faisais pas trop le fier. Puis tout s’est déroulé très rapidement, j’ai vite fait connaissance et je me suis attaché très rapidement à mon petit frère Javier. Je suis allé vivre chez eux. Son mari m’accueillit très bien. J’étais un peu gêné au début, tout le monde voulait me parler, me donner à manger, j’étais un peu perdu, puis avec le temps tout s’est un peu stabilisé et j’ai commencé à m’intégrer dans la famille. Il m’avait préparé un lit dans la chambre de mon petit frère, j’avais juste envie de pleurer. J’ai beaucoup parlé avec ma mère qui m’a expliqué plus en détail les circonstance de mon adoption, elle s’est retrouvée seule enceinte abandonnée par sa propre famille qui ne voulait pas entendre parler d’enfant à son âge (20ans) et par mon père plus agé qui avait déjà des enfants. Elle n’avait pas de travail et venait d’arriver à Bogota où elle connaissait très peu de monde.  Elle ne voulait pas avorter : les maisons d’adoption représentaient la seule solution. Elles proposaient gratuitement les soins d’avant et après l’accouchement mais les mères devaient s’engager à donner leur enfant en adoption puisque de toute façon elles n’auraient pas le moyen de les élever correctement. Ce procédé est peut être un peu douteux mais il offre une réelle option pour les mères en détresse.

J’ai compris aussi la douleur immense qu’elle avait ressenti après m’avoir abandonné, j’ai compris que personne n’avait pu jamais la soulager ou l’aider puisque qu’elle avait gardé cette adoption secrète et avait fait croire à tout le monde que j’étais mort né. J’ai appris à la connaître, et je sentis que ces retrouvailles avaient rouvert des blessures profondes, pour les guérir définitivement cette fois ci. J’ai senti que j’avais une responsabilité importante maintenant que je l’avais retrouvé, je ne pouvais plus revenir en arrière, il fallait que je prenne soin de cette relation naissante. J’ai aussi beaucoup parler à son mari, qui m’a expliqué que pour lui ça n’avait pas été facile et que finalement il s’était décidé à accepter mon existence. J’ai fini par connaître tous les membres de la famille (8 oncles et tantes !!) en voyageant un peu dans le pays à Medellin. Ils ont tous été très accueillants et chaleureux, sûrement plus que s’ils avaient été européens.

Je suis rentré en France après trois semaines intenses, complètement épuisés, très triste de devoir déjà les quitter, un peu déboussolé aussi d’avoir maintenant 2 mères ! Aujourd’hui j’étudie à Paris et ai un contact régulier par email et téléphone avec eux et je pense retourner en Colombie plus longtemps pour connaître réellement ce pays magnifique et chaleureux.

Guilherme Luc, adopté du Brésil, 27 ans :

 » Je sais ce que j’ai évité »

« À quelle heure tu es né ? » Dans la cour son école primaire de Montpellier, Guilherme-Luc Malet aurait bien aimé répondre. « C’est un petit détail qui m’a tout le temps tracassé », avoue-t-il. Sa mère célibataire ne lui a pourtant jamais caché ses origines. Elle le recueille petit chez les sœurs missionnaires de Juiz de Fora, au Brésil, le ventre rond en raison de carences alimentaires. Deux ans auparavant, elle a aussi adopté une petite Brésilienne, plus tard gravement handicapée, et peu à peu paralysée.

Lui dispose de son certificat de baptême portant le nom de ses parents d’origine. « Maman me racontait ma venue du Brésil, et j’assumais le fait d’être adopté, avance Guilherme-Luc, dont le prénom porte le chaînon de la double nationalité. C’est vis-à-vis de l’extérieur qu’on doit se justifier, à cause de sa couleur de peau, ou lorsqu’on remplit des papiers en indiquant son lieu de naissance. » L’absence de père se fait peu ressentir dans son enfance. Sa mère a à cœur de la combler par des référents masculins. « Elle faisait en sorte que je rencontre beaucoup mon oncle et mes grands-parents, détaille le jeune homme de 26 ans. J’ai aussi fréquenté la maisonnée Saint-Joseph, un patronage religieux où j’ai trouvé un certain équilibre par une présence masculine. »

À force de fréquenter des Brésiliens, Guilherme-Luc se laisse plus tard gagner par l’envie de retourner vers son passé. Les sœurs d’une de ses amies, établies là-bas, parviennent à repérer sa famille en appelant la pharmacie de sa ville natale. Celle-ci vit dans les favelas. Guilherme-Luc réussit alors à la joindre. Sa mère, trop pauvre, lui explique à distance qu’elle ne pouvait pas l’assumer bébé, et qu’il était malade. Elle lui avoue aussi l’avoir vendu, avant qu’il ne se retrouve chez les sœurs missionnaires. « On ne peut pas juger l’acte de quelqu’un qui n’a rien à manger, estime Guilherme-Luc. Elle ne m’a pas vendu pour acheter une montre, et je dis parfois avec humour, “c’est pour ça que je suis aujourd’hui un bon commercial !” »

La rencontre avec son père séparé de sa mère est forte. Et puis, parce qu’en France, il se sent à demi fils unique (« Avec ma sœur handicapée, on se comprend par le sourire et le regard », dit-il), il est attendri par sa plus jeune sœur là-bas, qui a 12 ans. Le Brésil lui dévoile aussi le dénuement des favelas, une culture métissée, loin des étroites images « de football et de Copacabana ». Touché, le jeune Franco-Brésilien retourne l’année suivante fêter Noël, un « Noël en tongs », dans cette autre famille de la pampa.

Depuis, Guilherme-Luc écrit, téléphone souvent mais s’efforce aussi de maintenir une certaine distance. « Ma mère biologique voudrait que je revienne au Brésil, mais je lui ai dit que ma vie était en France, qu’on ne peut pas tout mélanger. Je l’ai aussi remerciée de m’avoir permis d’être adopté, car je sais ce que j’ai évité. Ce qui compte, c’est qu’elle ait gagné en dignité dans son quartier, car j’ai pu dire autour d’elle que je ne la jugeais pas mal. »

Celui qui a toujours eu l’impression d’être « né en descendant de l’avion » travaille maintenant dans l’aéronautique, après une formation de steward. Cloué au sol pour le moment à cause de la crise, il espère en secret être recruté par Air France pour s’envoler très vite vers des terres éloignées, en particulier le Brésil. Un pays qu’il a su faire sien. « Même si le plus important, ce sont les liens du cœur, je pourrai plus tard raconter à mes enfants pourquoi j’ai du sang brésilien qui coule dans mes veines. » Il saura même leur dire, s’ils lui demandent, qu’il est né un 3 juin à midi trente.

Lisiane, 21 ans, née sous X, adoptée en France

J’ai été adoptée à l’âge de 5 mois et demi par une famille aimante et qui m’a toujours épaulée dans les moments difficiles. Mais depuis mes 16 ans, le besoin de savoir d’où je viens s’est fait plus présent dans ma tête. Plus petite déjà, quand j’étais âgée d’environ 10 ans, ma mère m’a emmené à l’oeuvre adoptive et ainsi, j’ai su  l’âge à laquelle ma mère biologique avait accouché.10 ans ont passé après ce premier rendez-vous…

Je me suis donc décidée d’écrire une lettre à l’oeuvre adoptive afin de débuter mes recherches. Quatre semaines après l’envoie de cette lettre, je recevais un appel pour un rendez-vous.

Je préférais ne pas m’attendre à grand chose mais au final, j’ai reçu deux lettres que ma mère biologique m’avait laissé à ma naissance afin de les lire à ma majorité.

J’étais choquée au départ, j’ai su par cette lettre son nom de jeune fille, là où elle vivait, sa date de naissance. Je n’aurais jamais imaginé cet instant, je n’étais plus née sous X mais bien née d’une personne qui me reconnaissait quelque part car j’avais presque son identité. L’autre lettre s’adressant à moi me disait qu’elle ne souhaitait que mon bonheur. Par ailleurs, j’ai découvert que j’étais issue d’un déni de grossesse.

Même si je ne sais pas si j’ai été souhaitée au départ, elle n’a voulu que me rendre heureuse par le geste de l’abandon.

Aujourd’hui, même si j’ai une part des informations que je voulais savoir, j’ai envie de la connaître pour la rassurer sur ma vie et la famille qui m’a recueillie.

S’en suit une recherche de trace pour savoir si elle vivait toujours dans la même région…Ayant des pistes et des renseignements que je peux considérés comme « clefs ».

J’ai écris, appelé, et il s’est avéré qu’un jour, une femme connaissait personnellement ma mère biologique…Je sais donc qu’elle existe, qu’elle vit dans la même région que moi.
Pour le moment, le fait de savoir qu’elle existe me convient .Sûrement, le désir de la rencontrer surgira un jour, mais pour le moment, je me sens épanouie sans l’avoir rencontrée.

Mimi, 31 ans, adoptée en Corée du Sud

J’ai été adoptée à l’âge de 8 ans avec mon frère de 11 ans et ma soeur de 12 ans.

Ma mère biologique est décédée lorsque j’avais 6 ans. Mon père était alcoolique. Pour subvenir à nos besoins, il a arrêté de travailler, mais s’est remis à boire de plus belle. Un jour, nos voisins l’ont dénoncé et sous l’effet  d’ébriété, il a signé un acte d’abandon. Je n’ai pas compris à mes yeux d’enfant, pourquoi sa soeur qui avait 2 fils et qui avait une vie aisée à Séoul ne nous a pas aidés. Peut-être ne le pouvait-elle pas ? Nous sommes restés 9 mois à l’orphelinat du HOLT.

Nous étions destinés pour les Etats-Unis. Un couple français de 40 ans nous a adoptés. Nous sommes arrivés à Roissy le 24 août 1983.

Manque de chance, je suis tombée dans une famille « anormale» !

J’ai subi la violence conjugale (violence physique et verbale) de mon père envers ma mère. J’ai été victime d’inceste de 11 à 14 ans par le grand-père maternel.  Et le paroxysme dans tout ça, c’est que lorsque j’ai dénoncé mon bourreau, personne ne m’a crue, alors que ma mère était elle-même victime  de son mari ! Ils m’ont laissée toute seule dans ce cauchemar qui a anéanti mon adolescence ! Ils ne m’ont même pas envoyée chez un psy !

Ma mère m’humiliait souvent et parfois même en public. Elle a fait tout en sorte pour nous désunir, alors nous nous entendions si bien jusqu’à ce qu’elle dise trois semaines après notre arrivée en France « stop, vous êtes en France, la Corée c’est fini, vous devez parler français ». Elle nous montait les uns contre les autres, si bien que maintenant je n’ai plus aucun contact avec  mon frère. Sa loi, c’était « diviser pour mieux régner ».

C’est vrai que j’étais déjà une enfant révoltée par mon passé et que nous avions tous nos caractères, je le reconnais. A la maison, je me défoulais et tenais souvent tête à ma mère et à l’extérieur, j’étais une enfant introvertie et timide (je rougissais à la moindre remarque !) et ma mère, femme autoritaire, me reprochait mon comportement. Mais beaucoup d’enfants sont comme ça, non ? Mon père qui était lâche et inexistant ramenait seulement son salaire ! J’ai su plus tard que c’était ma mère qui avait effectué toutes les démarches d’adoption et que mon père n’avait fait que signer ! Je reste persuadée que ma mère pensait pouvoir sauver son couple en nous adoptant et que mon père parviendrait à se maîtriser, mais malheureusement, elle a échoué ! Comme dit le proverbe « qui chasse son naturel, revient au galop ». C’était mon père qui ne pouvait pas avoir d’enfants !

Mon frère et ma soeur défendaient ma mère et se prenaient des coups bien entendu. Ma mère était sous anti-dépresseurs et nous devions la consoler ! Vous savez comment les hommes qui battent leur femme ont deux faces et sont socialement intégrés et diplomates !

Toute la famille nous a toujours fait ressentir que nous devions leur être éternellement « redevables » de nous avoir adoptés, qu’ils nous avaient sortis de la misère, que ma soeur et moi avions échappé à la prostitution.

Les gens me disent trop souvent « mais vos parents doivent être des gens formidables, ils ne vous ont pas séparés » (phrase  insupportable pour moi).

Alors, j’ai envie de leur répondre : « ah si vous saviez, dans quel enfer j’ai vécu ! » Il m’arrive de penser parfois à ce qu’aurait pu être ma vie si j’étais restée en Corée et que notre tante nous avait gardés ou si nous avions été adoptés par un couple américain. Il reste en moi cette petite fille qui ne cesse de pleurer sa mère et qui n’a toujours pas fait son deuil.

Nous n’avons pas été très acceptés dans la famille paternelle. Le grand-père paternel était raciste et nous traitait de « jaunes ». La grand-mère paternelle préférait bien entendu sa petite fille française bien blonde et la grand-mère maternelle ne voulait surtout pas que mes parents adoptent des enfants noirs !

Et pourtant, je peux vous assurer que nous étions des enfants raisonnables qui n’ont jamais sombré. Combien de fois avons-nous voulu appeler la police ! Ma mère ne se reconnaissant pas comme victime, n’a jamais voulu ni divorcer, ni porter plainte… Je vivais dans la peur et la terreur ! Je pensais fuguer, mais je craignais me retrouver à nouveau à l’orphelinat !!!

Compte tenu d’un environnement familial toujours violent, ma soeur a fait une tentative de suicide à 18 ans. Et là, non plus, mes parents n’ont rien fait pour l’aider ou l’emmener chez un psychologue. D’ailleurs, ils considèrent les psychiatres comme des malades.

La violence verbale entre ma mère et mon frère étant parvenue à son apogée et ma mère ne le supportant plus, mes parents ont pris la décision de virer mon frère à l’âge de 20 ans. Ma soeur et moi n’avions même pas le droit de l’appeler, sinon ma mère névrosée piquait une crise d’hystérie ! Moi, j’ai quitté la maison à 20 ans, car je ne pouvais plus supporter cet environnement conflictuel en permanence !

Nous étions les enfants SACRIFIES au nom du père et du grand-père, et en aucun cas des enfants ROIS ! L’AMOUR est inconnu au bataillon dans cette famille !

Je viens de comprendre récemment que c’est une famille de manipulateurs et de faiseurs d’histoires !

Tout ça pour dire que je suis mal tombée et que mon adoption est ce que l’on peut appeler une adoption « ratée ». J’ai volontairement coupé les ponts avec ma famille il y a 6 ans et me considère comme une double orpheline ! Ma seule famille est ma soeur.

Moi, j’ai déjà un passé qui me poursuivra à jamais, contrairement à la plupart des enfants adoptés, je n’éprouve pas ce besoin viscéral de retrouver ma famille biologique. Je ne sais pas si mon père biologique et sa soeur sont décédés, ni ce que deviennent mes cousins !

Il s’est produit l’effet inverse chez moi, je fais un rejet de mon pays  natal. Suis-je normale ? Ma soeur, mon frère et moi avons perdu notre langue natale. Une partie de ma mémoire a effacé le coréen, ce que personne ne comprend ! Peut-être que je retournerai un jour dans mon pays, mais en tant que touriste. Je me sens 99 % française. Même mes amis me disent que je suis  plus française que la moyenne des Français. J’ai toujours vécu dans un environnement français et n’ai jamais fréquenté d’associations d’enfants adoptés.

Je remercie mes parents de m’avoir suivie scolairement (jusqu’en 3ème), nourrie, blanchie et logée, mais je ne les remercie pas de m’avoir adoptée. J’aurais parfois préféré rester dans ma misère, comme ils disent ! Je n’ai rien choisi, eux, ils m’ont choisie !

Si je souhaite témoigner aujourd’hui, c’est parce que je veux briser ce mur du silence qui m’a trop fait souffrir ! Je ne parle de mes souffrances que depuis un an… et ai gardé le silence pendant 16 ans !

Vous ne pouvez pas imaginer comment la parole est libératrice !

Je souhaite exprimer ma volonté de m’en sortir malgré tous les traumatismes que  j’ai subis. Je suis une thérapie et participe à un groupe de paroles pour les victimes d’inceste.

Je pense que certains parents égocentriques ne devraient pas adopter d’enfants ! A mon époque, le contrôle était peut-être moins sévère !

Je suis persuadée que ma sœur, mon frère et moi sommes un cas d’adoption tardive exceptionnelle !

J’ai le sentiment que l’adoption ratée est un sujet tabou, que  peu d’enfants adoptés osent en parler ! Je suis désolée si mes propos peuvent choquer certains parents adoptifs et s’ils ont l’impression que je fais l’apologie de mes malheurs. Mais, c’est l’histoire de ma VIE !

J’ai lu les livres de Barbara Monestier et de Christian Demortier et je les remercie d’avoir écrit leur histoire. Leur expérience me convainc également de témoigner, même si chaque histoire d’adoption est différente. La mienne ressemble à celle ce Christian ou encore plus à celle de Johnny Subrock (dont j’ai commandé le livre).

Je vous remercie par avance de me lire et espère que vous comprendrez le sens de mon témoignage.

Je remercie Céline d’avoir fondé cette association qui donne enfin la parole aux enfants adoptés !

Julia, 29 ans, adoptée au Guatémala

Bonjour à tous !

Je suis arrivée en France en Juin 1981, j’avais presque 2 mois.

Mon adoption s’est très bien passé et j’ai grandi au sein d’une famille qui m’a apporté beaucoup de bonheur et d’amour.

Je pense avoir compris que j’étais adoptée lorsque mon petit frère est arrivé à la maison, car il n’est pas de la même origine que moi. Mes parents m’ont toujours bien expliqué les choses. Ils trouvaient toujours les mots pour répondre à toutes mes questions sur l’adoption (entre autres).

Petite, lorsqu’ils me demandaient si je voulais regarder un reportage télévisé sur mon pays, regarder des livres, des photos etc.. j’ai toujours dis oui. Je me disais « Je suis née la bas alors ?! ». Les gens me ressemblaient plus ou moins physiquement, mais je percevais déjà le gouffre qu’il y avait entre eux et moi. N’ayant aucun souvenir de mon pays de naissance, j’avais plus l’impression que j’étais née un beau jour d’Avril en France, qu’à des milliers de kilomètres.

Mon dossier d’adoption a toujours été comme un grand livre ouvert, et consultable n’importe quand. Il suffisait que je demande et on lisait les informations tous ensemble. Comme si on regardait l’album de ma naissance. Du coup, très tôt, je connaissais les informations en ma possession. Et dans ma tête je m’étais dit « Un jour je ferais des recherches », mais quand ?

Au fil des années, je ne me suis jamais bien plus intéressée au Guatemala. Pourtant j’aurais aimé mieux le connaître pour pouvoir en parler aux autres, lorsque l’éternelle question « Et tu y es déjà retournée ? » m’étais posé. Non seulement je n’étais jamais retourné d’abord parce que je ne parlais pas espagnol (à mon grand regret) et puis parce que je me sentais française. Surtout je savais que j’aurais eu envie de faire des recherches sur place. Mais je crois que rien ne me faisait plus mal dans ce genre de discussion, lorsque quelqu’un osait me demander « Tu as encore de la famille la-bas ? » et que ma réponse était toujours « Je ne sais pas ». Simplement je ne me sentais pas prête, ni a rencontré une autre culture, ni à entendre des vérités.

Et puis un jour, j’ai eu la chance de rencontré « M ». Une autre guatémaltèque, mais pas adoptée. C’est à dire avec la culture latine, parlant espagnol et connaissant le pays puisqu’elle y a vécu plus de 20 ans. Elle m’a appris beaucoup de choses de là-bas, de ce qu’elle savait, de son vécu. Mais surtout, elle m’a proposé son aide pour faire des recherches sur ma mère biologique et j’ai accepté. Quelques mois après, elle m’a annoncé qu’elle avait retrouvé ma mère…. . Et là, tout ce que j’ai toujours voulu savoir, toutes les questions que je m’étais posé durant ces 24 ans, tout a été effacé en l’espace de quelques phrases. Un vrai bouleversement dans ma tête et dans mon cœur. Mais j’en suis vraiment heureuse.

Mais j’ajouterais que ces recherches m’ont aussi permis de plus m’intéressée à mon pays de naissance, que ce soit au niveau de l’espagnol, que de la culture guatémaltèque.

Cela m’a aussi permis de me mettre en contact avec l’association grâce à qui j’ai rencontré des personnes formidables et avec qui j’ai partagé mon vécu, mon histoire mais aussi mes questionnements.

Aujourd’hui je suis retournée au Guatémala. Après 2 ans de rapprochement avec cette culture, je me suis sentie prête. Je n’ai pas été déçue. Mes parents et mon mari m’ont accompagnés et nous avons réalisé un voyage initiatique fabuleux. Les étoiles pleins les yeux, nous sommes rentrés.

Puis, quelques mois plus tard, j’ai souhaité passé une autre étage : celle de la rencontre avec la femme qui m’a mise au monde.

Là aussi mes parents et mon mari sont venus. Cette rencontre, je crois que je ne pourrais jamais vraiment mettre des mots dessus. ça se vit. Tout ce que je peux dire c’est que ça été très fort en émotions de part et d’autre. Nous avons passé une semaine avec ma mère de naissance, mes soeurs et le mari de ma grande soeur à s’apprendre, se découvrir…. J’attends maintenant de repartir car ils font maintenant partie de la famille à part entière.

Alors je tenais a remercier sincèrement d’abord ma famille dont le soutien a été nécessaire pour avoir les épaules plus solides, mais aussi tout ceux qui ont su me tendre la main depuis le début de cette histoire : merci à tous !

Mariéla, 28 ans, adoptée au Guatemala

Bonjour à toutes et tous !

Suite à la proposition d’apporter mon témoignage sur mon adoption proposée par Julia, je vous en écris quelques lignes. Je trouve cette initiative de créer une cellule Guatemala très bien, je pense que nous avons beaucoup à apporter à chacun d’entre vous et vice-versa…

Je me présente donc en quelques mots :

Je m’appelle Mariéla, née au Guatemala (Guatemala Ciuadad), j’ai 28 ans . J’ai un frère né également au Guatemala, qui a 27 ans, né à Amatitlan. Nous sommes frère/sœur de naissance et nous avons été adopté tous les 2.

Je suis arrivée en France à l’âge de 5 ans et mon frère 4 ans. Avec mes parents cela se passe très bien même si on parle peu voir pas du tout de notre adoption, une appréhension, une peur, pas envie tout simplement. Mais je ne les remercierai jamais assez pour tout l’amour, tendresse, joie qu’ils m’apportent encore…l’adoption est le plus cadeau qu’on puisse donner à un ou des enfant(s), c’est UNE BELLE PREUVE D’AMOUR !

Mon adoption a en générale été bien vécue, des doutes, des angoisses mais qui n’en a pas…

Je n’ai jamais vraiment eu envie de retrouver mes parents biologiques, sûrement à cause de mon passé peut réjouissant (mais est ce la véritable histoire qui a été raconté à mes parents)

Mais je suis bien dans l’optique d’en savoir plus sur mon pays, les mayas, les coutumes, m’y rendre dès que je pourrais, avec mon frère et ami afin de voir, comprendre, parler…pouvoir m’enrichir au contact de mon pays d’origine.

Je ne connais pratiquement rien du Guatemala, à mon grand regret, mais je pense en apprendre beaucoup grâce à vous et autres relations que j’ai pu rencontrer.

Je pense n’avoir rien oublié, je vous souhaite bonne chance à « la cellule Guatemala » sans oublier l’Association « La Voix des Adoptés » sans qui elle n’aurait pas pu exister.

Bonne continuation à vous toutes et tous !

Bien amicalement

Mariéla

Elsa,28 ans, adoptée au Pérou

Je me suis toujours sentie française bien que je sois née au Pérou. Rien ne m’énervait plus que d’entendre mes profs d’espagnols, devant mes notes catastrophiques, me dire « mais pourtant, c’est ta langue maternelle » ou de voir les musiciens péruviens dans le métro et qu’on me fasse remarquer que j’étais du même pays qu’eux.
Pour moi j’avais qu’une seule mère et qu’un seul père, en France, je venais pas d’un ventre comme tout le monde, je venais de nulle part, de la terre, directement posé sur le sol et adoptée ensuite.

Pourtant à 25ans, j’ai réalisé qu’en fuyant le Pérou, je fuyais une partie de moi-même, alors j’ai eu envie de faire des efforts d’apprendre l’espagnol, d’écouter de la salsa, à aller dans les restos péruviens, mais au bout d’un moment, je me suis aperçue que malgré ma couleur de peau, et mon pays de naissance, mon coté péruvien était stérile, j’avançais pas et pire, je me sentais encore moins péruvienne qu’avant, parce que le fossé qui me séparait m’apparu encore plus grand.
Seulement, voila, je ne voulais plus revenir à mon personnage de française, parce que je sentais à quel point le Pérou avait sa place dans ma vie, dans mon identité, dans la compréhension de mon histoire,mais je savais pas par quel bout commencer, la reconquête de ce ma culture d’origine me semblait trop difficile seule, alors j’ai laissé un message sur le seul site d’adoption destinés au adoptants et aux adoptés que j’ai trouvé, situé en Suisse, pour dire que je me sentais terriblement française, mais que j’avais l’impression de rater quelque chose en passant à coté du Pérou.

Céline, a répondu à ce message 3 mois après, en me racontant son histoire et a quel point elle s’était aussi sentie française avant, son parcours pour reconquérir sa culture d’origine, sa rencontre avec le Pérou, avec ses parents. Ca m’a alors redonné du courage, de trouver une alliée qui me comprenait, qui pourrait me guider dans mon parcours et mes questions , j’allais apprendre le Pérou pas à pas.

Notre première rencontre s’est fait dans un lieu où il y avait une fête typiquement péruvienne . Je l’ai regardé en ayant l’impression de me voir, bien qu’on ne se ressemble pas je crois que c’est la première fois que je voyais une adoptée péruvienne comme moi, la musique était super forte j’ai perdue mes repères, je regardais autour de moi, et puis j’ai vu que pour une fois, je n’était pas en minorité, tout le monde me ressemblait, pour une fois, j’étais comme eux, j’ai alors réalisé, que je venais du même pays qu’eux, que c’était ma communauté, j’étais chez moi, un vieux sentiment d’appartenance que j’avais jamais ressentie avant, quelque chose de fort auquel je n’arrivais pas à croire, j’avais retrouver les miens, je me suis mis a pleurer.
Le lendemain, je me suis montrée méfiante envers ce que j’avais ressenti, ne voulant pas croire à ce sentiment d’appartenance j’ai tellement toujours cru que je n’étais que française, que le Pérou était juste le pays ou j »étais née et que ça n’avais pas plus d’importance que ça.

Mais comme une drogue maintenant que j’avais goûté au Pérou, je voulais y retourner, je pensais plus qu’a ça, retourner danser sur Nectar et Ronish, sur le Merengue, écouter la salsa, me fondre dans le décor. Evidemment, ça c’est pas passé comme ça, avec le temps,j’ai vu les limites, de ma partie péruvienne, malgré mon désir d’être comme eux, tout est revenue dans l’ordre, la part française a repris ses droits, j’étais comme avant avec un truc en plus, le Pérou n’avait pas pris la place de la France dans mon identité et dans mon coeur mais il avait sa place et j’en avais besoin.

Ont commencé mes recherches sur ma famille, assez rapidement, l’orphelinat ou je suis née m’a communiqué les noms de mes parents biologiques, grâce à Céline et à ses contacts , j’ai reçu un jour un appel de Céline pour me dire que sa père du Pérou avait retrouvé ma mère à Lima, elle m’a raconté mon histoire, auquel je n’étais pas préparée, je me rappelle ne pas avoir pensé une minute que mon histoire aurait pu être dramatique, et pourtant elle l’était, le choc était violent, je me suis sentie mal, pendant un court instant j’aurais voulu jamais savoir, je voulais plus venir du Pérou, je voulais revenir française comme avant plus fréquenter les fêtes, faire une croix, retourner dans le confort de mes repères derniers, mais c’était trop tard, je pouvais plus, j’étais obligée d’accepter mon histoire en entier avec ses drames, Accepter mon histoire, j’avais voulu savoir, maintenant je savais, l’adoption c’est pas toujours une histoire de bons sentiments, d’amour donnée à un bébé qui en manquait, c’était aussi la souffrance d’une mère qui donne son enfant, c’était la souffrance d’une enfant adoptée qui en grandissant avait du mal à trouver ses marques, jamais complètement d’ici, ni complètement de là-bas , entre les deux, sans trouver sa place, sans savoir qui on est vraiment avec personne pour en parler.
Alors nous est venue cette idée de créer cette association pour avoir un espace de parole dédiés aux adoptés et puis aussi pour l’aide a la recherche.

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